Glen Schofield retraite : le créateur de Dead Space jette l’éponge

C’est dans une courte vidéo, publiée sur LinkedIn le 14 juillet, que Glen Schofield a officialisé ce qui couvait depuis des mois : sa retraite du développement de jeux vidéo. Trente-cinq ans de carrière, et puis plus rien. Pas de feux d’artifice, pas de communiqué triomphal. Juste un homme qui remercie les joueurs et tire sa révérence. Je n’ai pas connu Dead Space à sa sortie en 2008, c’est le remake de Motive Studios qui m’a jeté dans l’USG Ishimura, mais ce départ est une mauvaise nouvelle de plus.

35 ans à sculpter la peur

Le parcours de Schofield force le respect, même quand on n’a pas vibré pour chacun de ses jeux. Débuté au début des années 1990 comme simple graphiste sur des titres à licence, des Simpson, du Rocky & Bullwinkle, il gravit les échelons jusqu’à réaliser Gex en 1998, puis Blood Omen 2. Mais c’est en 2008 que son nom s’ancre dans la légende : en tant que producteur exécutif, il co-crée Dead Space chez Visceral Games, posant les fondations du survival horror spatial moderne. L’isolement, le démembrement stratégique, l’interface diégétique intégrée au costume : autant d’idées qui redéfinissent le genre.

La suite de sa carrière le mène chez Activision, où il fonde Sledgehammer Games et dirige Call of Duty: Advanced Warfare puis WWII. Deux blockbusters, deux succès commerciaux. En 2019, il lance Striking Distance Studios sous l’aile du géant coréen Krafton, avec une promesse alléchante : un héritier spirituel à Dead Space. Ce sera The Callisto Protocol.

Glen Schofield retraite

Le prototype à 17 millions que personne ne voulait

The Callisto Protocol, je l’ai testé à sa sortie fin 2022. Un jeu bancal, trop linéaire, mais dont la violence visuelle m’a marqué durablement. On y retrouvait cette patine Dead Space, cette brutalité chirurgicale dans la mise en scène des corps. Le public, lui, n’a pas suivi. L’échec commercial est cinglant. Schofield quitte Striking Distance en septembre 2023.

Ce qu’on savait moins, c’est qu’il n’a jamais cessé d’essayer. En 2025, il planche avec sa fille sur un nouveau concept de survival horror, un sous-genre qu’il décrit comme « pas seulement de l’horreur, mais quelque chose de plus ». Un prototype est conçu, une petite équipe talentueuse est mobilisée, le budget est chiffré à 17 millions de dollars. Les rendez-vous s’enchaînent, les retours sont enthousiastes. Et puis le couperet tombe. On lui demande de descendre à 10 millions. Puis à une fourchette de 2 à 5 millions. Le mois dernier, Schofield jette l’éponge.

avis The Callisto Protocol

Pourquoi la retraite de Glen Schofield est un signal d’alarme

Je ne vais pas vous mentir : cette annonce m’a foutu un coup. Pas par nostalgie béate pour un développeur que je n’ai suivi que de loin. Mais parce qu’elle concentre tout ce qui cloche dans le jeu vidéo en ce moment. Ces derniers mois, les nouvelles s’empilent comme un glas : 3 200 licenciements chez Xbox, la fin du jeu physique chez PlayStation, des studios qui ferment en série, et maintenant des créateurs établis qu’on regarde partir, épuisés de devoir quémander des miettes budgétaires pour des projets que personne n’ose plus financer.

Schofield, dans sa vidéo d’adieu, reste étrangement optimiste. Il parle de « l’une des plus grandes explosions créatives de l’Histoire », encourage la relève à explorer et expérimenter, rappelle que « vos idées sont plus importantes que tout le reste ». J’aimerais y croire. Mais quand un type qui a vendu des millions de jeux n’arrive plus à faire financer un prototype à 10 millions, qu’est-ce qui attend les nouveaux venus ?

Cette Glen Schofield retraite, ce n’est pas qu’un départ à la retraite. C’est le thermomètre d’une industrie qui, à force de tailler dans les budgets et de fermer des studios, pousse ses propres têtes pensantes vers la sortie. Il aura eu la chance d’avoir déjà construit son héritage. Pour la génération qu’il appelle à prendre la relève, j’espère sincèrement qu’il restera un chantier où poser ses idées.

Noopinho
Noopinho

Explorateur du paysage vidéoludique et grand dévoreur de RPG (quand j'ai le temps).