The Guild Europa 1410 : quinze ans plus tard, j’y crois encore

Il y a des jeux qu’on n’explique pas. Des jeux qu’on défend sans arguments commerciaux, sans notes Metacritic à brandir. The Guild Europa 1410 appartient à cette catégorie pour moi, et son arrivée imminente, le 16 juillet prochain, me replonge dans un état que je croyais réservé à l’adolescence : l’impatience mêlée d’une légère appréhension. Celle qu’on ressent quand on s’apprête à retrouver un vieil ami dont on n’a plus de nouvelles depuis trop longtemps.

The Guild 2 Renaissance, ce jeu bancal qui m’a tout appris

Je ne vais pas vous mentir. À l’époque où j’ai découvert The Guild 2 et son extension Renaissance, je n’avais aucune idée de ce qu’était un simulateur dynastique. Je débarquais dans le jeu de gestion par la petite porte, sans manuel, sans attentes. Et j’ai pris une claque qui n’avait rien à voir avec la technique, le titre était moche, buggé, mal optimisé, et la presse ne s’était pas gênée pour le lui faire savoir.

Mais voilà : aucun autre jeu ne me permettait de partir d’une bicoque miteuse avec une famille miséreuse et de gravir l’échelle sociale par tous les moyens possibles. Travailler honnêtement à la forge ? Possible. Manigancer en politique municipale ? Possible. Contracter un mariage stratégique pour mettre la main sur un commerce rival ? Possible aussi. Cette porosité entre l’économie, le social et le politique, je ne l’ai jamais retrouvée ailleurs avec la même intensité. The Guild 3 dort d’ailleurs dans ma bibliothèque Steam depuis sa sortie, jamais lancé, terrassé par les retours assassins de sa communauté.

The Guild Europa 1410 : quinze ans plus tard, j'y crois encore

Ce que le carnet de développement nous promet vraiment

Ashborne Games vient de publier un journal des développeurs qui s’attarde sur les chaînes de production, et je dois dire que ce que j’y lis me parle. L’exemple donné est celui du forgeron : achetez des lingots de fer et d’argent, forgez le fer en garnitures, assemblez le tout en Chaîne d’Argent. Jusqu’ici, rien de révolutionnaire. Sauf que cette chaîne ne se contente pas de générer du profit, vous pouvez la porter pour améliorer votre réputation auprès du Conseil Municipal ou du Clergé. L’objet a une fonction sociale.

C’est précisément ce tissage entre l’artisanat, l’influence et le pouvoir qui faisait l’ADN de la série. Le communiqué évoque aussi un marché dynamique où inonder la place de vos marchandises peut faire chuter les prix et ruiner votre propre stratégie. Ajoutez à cela le vol de chariots, la contrebande, le chantage, et un multijoueur jusqu’à douze joueurs : la promesse d’un bac à sable médiéval où chaque système communique avec les autres.

The Guild Europa 1410, un renouveau pour la franchise ?

Ashborne Games, ou le pari du studio modeste

Ne nous racontons pas d’histoires. Ashborne Games n’est pas un studio AAA. Leur CV ne contient aucun blockbuster, et The Guild Europa 1410 pourrait parfaitement être un four technique, tout comme The Guild 2 l’était à sa sortie. C’est un risque, et je le prends en toute connaissance de cause. Mais c’est aussi ce qui m’intrigue : un studio plus modeste, qui assume un retour aux sources d’Europa 1400 plutôt que de courir après des ambitions démesurées, c’est peut-être exactement la configuration qu’il fallait pour ne pas trahir l’esprit de la licence.

The Guild Europa 1410 sort le 16 juillet. Je ne sais pas s’il sera bon. Je sais juste que j’ai envie d’y croire, et qu’après quinze ans à attendre un successeur digne de Renaissance, je suis prêt à lui en pardonner beaucoup. Comme à l’époque.

Noopinho
Noopinho

Explorateur du paysage vidéoludique et grand dévoreur de RPG (quand j'ai le temps).