Je l’avoue, j’aurais préféré ne pas avoir à l’écrire. Mais les ZA/UM licenciements annoncés ce 17 juillet 2026 ressemblent à l’épilogue amer d’une histoire qu’on sentait déjà écrite. Deux mois. C’est le temps qu’il aura fallu après la sortie de Zero Parades: For Dead Spies pour que le studio estonien confirme le départ forcé de 32 employés, soit près d’un tiers de ses effectifs. Le motif, d’une banalité cruelle : la critique a plutôt aimé, le public n’a pas suivi, et les caisses ne tiennent pas.
Zero Parades : salué, ignoré, oublié
Je ne l’ai pas fait. Je ne sais même pas de quoi ça parle, à vrai dire. Sorti le 21 mai 2026, Zero Parades: For Dead Spies est un RPG d’espionnage qui reprenait, sur le papier, certains marqueurs de la maison ZA/UM : narration ramifiée, dialogues à embranchements, personnages tourmentés. Les notes ont suivi. Mais les ventes, non.
Dans un communiqué publié sur Bluesky, le studio admet que « la performance commerciale ne nous a pas permis de maintenir un studio de notre taille actuelle ». Traduction : il fallait tailler, tous départements confondus. 32 postes sacrifiés, deux mois après le lancement. La sentence est brutale, et elle dit tout de l’état d’un studio qui n’a jamais vraiment su exister sans le fantôme de son premier jeu.

Disco Elysium, le miracle qui ne se reproduira pas
J’ai terminé Disco Elysium il y a deux semaines. Ce jeu m’a marqué. Par la précision chirurgicale de son écriture, cette manière inouïe de faire dialoguer les voix intérieures d’un flic fracassé, la profondeur des thématiques, une direction artistique qui ne ressemble à rien d’autre. Un jeu qui parle politique, deuil et échec sans jamais cligner des yeux. Un miracle.
Sauf que derrière la légende, la réalité de ZA/UM est celle d’un effondrement au long cours. En 2021, les têtes pensantes : Robert Kurvitz, Aleksander Rostov, Helen Hindpere, sont évincées dans un brouillard d’accusations croisées : environnement toxique d’un côté, cupidité actionnariale de l’autre. Les exilés fondent aussitôt leurs propres structures : Darkmath Games, Longdue Games, Summer Eternal. Le cœur créatif est parti. ZA/UM, amputé de ses architectes, tente de survivre avec ce qu’il reste. Une première vague de licenciements frappe en février 2024, puis les rescapés se syndiquent en octobre 2025 au sein de la ZA/UM Workers’ Alliance, environ 100 employés à l’époque. Aujourd’hui, un tiers d’entre eux est remercié.
Un Disco Elysium 2 ? Je n’y crois plus. Et je ne suis pas certain que quiconque y croie encore chez ZA/UM. Le studio promet de « persister » et martèle que ses « standards artistiques restent inchangés ». Les mots sont beaux. Mais les actes racontent une dissolution lente.

Un boycott silencieux et une confiance perdue
Il faut aussi le dire : une partie du public a délibérément boudé Zero Parades. Pas pour des questions de qualité, mais par solidarité avec les créateurs évincés. Impossible de mesurer précisément l’impact de ce boycott, mais il a existé, il suffit de parcourir les commentaires sous la moindre actualité ZA/UM pour le constater. Une frange significative de la communauté Disco Elysium considère que le studio actuel n’est plus le légitime propriétaire de l’héritage qu’il exploite. C’est brutal, mais c’est une réalité qui pèse dans la balance commerciale.
Alors voilà. Les ZA/UM licenciements ne sont pas une surprise, et c’est peut-être ça le plus triste. Quand un studio perd ses créateurs, son âme et la confiance de son public en l’espace de cinq ans, la question n’est plus de savoir si le prochain coup de massue va tomber, mais quand. Si cette news me fait mentir un jour et qu’un successeur digne de Disco Elysium émerge des décombres, je serai le premier à le ressortir et à m’en réjouir. Mais aujourd’hui, ce n’est pas la colère qui domine. C’est le gâchis.



