Final Fantasy X 25 ans. Vingt-cinq années, jour pour jour ou presque, puisque la date japonaise du 19 juillet 2001 nous offre ce cap symbolique avec deux petits jours de retard. Square Enix a célébré l’événement comme il se doit : une vidéo commémorative, un logo signé Tetsuya Nomura, et un énième portage de la compilation HD Remaster qui débarque le 23 juillet sur Nintendo Switch 2. J’aurais pu me contenter de relayer l’information, de saluer le quart de siècle d’un des JRPG les plus marquants de la PlayStation 2, et de passer à autre chose. Mais cet anniversaire, pour moi, c’est le poids d’une aventure jamais terminée.
Un gamin, un CD de démo, et une île qui ne s’oublie pas
Je suis né en 1993. Final Fantasy VII, cette religion pour tant de joueurs de ma génération, je suis passé totalement à côté. Le mien, le premier sur lequel j’ai posé les mains, c’était Final Fantasy VIII sur PlayStation. Je devais avoir sept ou huit ans, je n’y comprenais pas grand-chose, j’adorais chaque seconde et je n’ai jamais vu le générique de fin. Une constante, vous allez le comprendre.
Le vrai premier Final Fantasy que j’ai parcouru avec un semblant de conscience, c’est Final Fantasy X. Je me souviens encore du CD de démo qui traînait dans un PlayStation Magazine que mes parents m’achetaient à l’époque. Le début du jeu, cette arrivée fracassante à Zanarkand, la rencontre avec Auron, ce Blitzball qui n’a jamais vraiment fonctionné mais qu’importe, je l’ai refait en boucle. Des dizaines de fois. Jusqu’à ce que le jeu complet atterrisse entre mes mains.
J’ai dû y jouer une dizaine d’heures avant de buter sur un affrontement en mer, sur un bateau. Un boss, une mécanique que je ne maîtrisais pas, et ce mur infranchissable qui a scellé ma partie. Tidus, Yuna, Wakka, Lulu, tout ce petit monde est resté figé dans ma mémoire, suspendu quelque part entre Besaid et Luca, comme une promesse jamais honorée.

Vingt-cinq ans de portages, un héritage intact
Final Fantasy X n’a jamais vraiment quitté nos écrans. Après son lancement japonais en juillet 2001, il a traversé le Pacifique en décembre de la même année avant d’atteindre l’Europe au printemps 2002. La compilation Final Fantasy X/X-2 HD Remaster, qui inclut sa suite directe, l’a fait renaître une première fois en 2014 sur PlayStation 3 et PS Vita. La version PlayStation 4 a suivi, puis le portage PC débarqué sur Steam en 2016. Nintendo Switch et Xbox One l’ont accueilli en 2019. Et voilà que la Switch 2 s’apprête à le recevoir le 23 juillet prochain.
Peu de jeux peuvent se targuer d’une telle longévité sur les étals numériques. Ce n’est pas un hasard. Final Fantasy X est un point de bascule dans l’histoire de la série : premier épisode entièrement doublé, premier à abandonner la carte du monde traditionnelle, premier à troquer l’Active Time Battle pour un système de tours conditionnels, le CTB, qui reste aujourd’hui l’un des plus élégants de la série. Mais c’est surtout son histoire qui continue de résonner.
Celle d’un jeune homme arraché à son monde, d’une invocation qui marche vers sa propre mort, d’une religion d’État qui ment à tout un peuple. Square Enix, avant de se perdre dans les couloirs de Final Fantasy XIII et les autoroutes de Final Fantasy XV, tenait là quelque chose de brut et de profondément triste, enveloppé dans des couleurs éclatantes et une bande-son que Masashi Hamauzu, Junya Nakano et Nobuo Uematsu ont hissée au panthéon.

La Switch 2, le Steam Deck, et l’heure des comptes
Ce nouveau portage sur Switch 2 est anecdotique pour quiconque possède déjà la compilation sur un autre support. Mais il a une vertu : il remet le jeu dans la conversation. Et dans la mienne, il rouvre une porte que j’avais fermée sans bruit il y a plus de vingt ans.
J’ai Final Fantasy X/X-2 HD Remaster sur Steam. Je l’ai acheté il y a des années, sans doute lors d’une promotion, comme on rachète un souvenir qu’on se promet d’honorer un jour. Et aujourd’hui, j’ai un Steam Deck. C’est peut-être le format parfait pour ce jeu : une aventure qui mérite d’être vécue au creux des mains, dans un canapé ou un lit, sans la solennité du PC fixe et du bureau. Le JRPG et la portable ont toujours fait bon ménage, et ce n’est pas la version Switch qui me contredira.
Alors voilà. Vingt-cinq ans après sa sortie, je crois qu’il est temps de replonger. De retrouver Tidus sur l’Al Bhed, de comprendre enfin ce qui se trame derrière les sourires de Yuna, et d’aller au bout de ce pèlerinage que j’ai abandonné en chemin. Avec mon regard de joueur adulte, avec vingt ans de jeux de rôle dans les doigts, j’aurai sans doute des choses à en dire. Un test « Ca vaut Quoi Aujourd’hui », comme je l’ai fait récemment pour Portal, ne me semble pas déplacé pour un jeu de cette trempe.
Final Fantasy X 25 ans, c’est un anniversaire qui tombe à pic. Pas seulement pour Square Enix et ses portages, mais pour un joueur qui a laissé une histoire inachevée traîner bien trop longtemps dans sa mémoire.



