Restructuration Xbox 2026 : 3 200 licenciements, cinq studios cédés

Je ne sais même pas par où commencer. La restructuration Xbox 2026 annoncée ce lundi 6 juillet par la nouvelle CEO Asha Sharma n’est pas un simple plan social. C’est le démantèlement méthodique de tout ce que Phil Spencer a construit pendant une décennie. 3 200 emplois supprimés sur l’année fiscale, soit environ 20 % des effectifs Xbox. Cinq studios qui quittent le giron Microsoft. Et une patronne qui assume, dans un mémo interne glaçant de lucidité, que Xbox perdait 64 centimes pour chaque dollar investi.

Double Fine, Ninja Theory, Undead Labs, Compulsion : l’hémorragie créative

Le détail qui fait mal : Double Fine (Psychonauts) et Compulsion Games (South of Midnight) retrouvent leur indépendance avec leurs propriétés intellectuelles et un financement de transition. C’est la moins pire des issues pour ces deux studios, mais ne nous y trompons pas : Xbox leur rend leur liberté parce qu’elle n’a jamais su quoi en faire. J’ai écrit un avis complet sur South of Midnight, et ce jeu méritait bien mieux qu’un éditeur qui le considère comme une ligne comptable dans un tableur de rentabilité.

Ninja Theory et Undead Labs sont vendus à des acheteurs dont l’identité n’a pas été divulguée. Ils poursuivront respectivement Senua et State of Decay 3 avec le soutien de Xbox, ce qui laisse entendre des accords de publication transitoires. Et puis il y a Arkane Studios, le cas le plus douloureux à mes yeux. Basé à Lyon, le studio derrière Dishonored, Prey et Deathloop entre en consultation avec son comité d’entreprise. Le droit français ralentira le processus, mais l’issue ne fait guère de doute : Arkane sera vendu ou externalisé. Xbox n’a jamais su rentabiliser l’excellence créative, et Arkane en est la preuve la plus cruelle.

Restructuration Xbox 2026 : Compulsion Games et le génial South of Midnight en font les frais

64 centimes perdus par dollar

Il faut lire le mémo d’Asha Sharma pour mesurer l’ampleur de l’échec. « Notre business n’est pas sain », écrit-elle. Les marges de Xbox sont trois à dix fois inférieures à celles des plateformes comparables. La division a ajouté des équipes, des investissements et du temps « en espérant un meilleur résultat ». La CEO reconnaît que les acquisitions « n’ont pas grandi au rythme attendu » et que Xbox « n’est pas le meilleur foyer pour chaque type de studio ». Traduction : on a acheté sans savoir quoi faire de ce qu’on achetait.

Et pourtant, la Xbox Series X est une excellente machine. Le problème n’a jamais été le hardware. Il est dans l’incapacité chronique de Microsoft à transformer une bibliothèque de studios exceptionnels en écosystème cohérent. Pendant que PlayStation alignait les succès critiques et commerciaux, Xbox collectionnait les sorties qui ne trouvaient pas leur public. Même les bons jeux, et il y en a eu, se sont perdus dans un Game Pass devenu une commodité plutôt qu’un argument.

Restructuration Xbox 2026 : 3 200 licenciements, cinq studios cédés

Un milliard de joueurs par jour

Le plus hallucinant dans ce mémo, c’est la promesse finale. Asha Sharma veut que Xbox atteigne « un milliard de joueurs par jour ». Le jour même où elle annonce 3 200 licenciements. Ce n’est plus un éditeur de jeux vidéo qui s’exprime, c’est une plateforme technologique qui parle le langage des données et de la rétention. La preuve : Mojang (Minecraft) et King (Candy Crush) rapporteront désormais directement à la CEO. Pas Bethesda, pas Activision. Les deux machines à cash récurrent. Le message est limpide : l’avenir de Xbox, c’est le jeu-service à audience illimitée, pas Hellblade.

ZeniMax, de son côté, est recentré sur cinq franchises : Fallout, The Elder Scrolls, Doom, Quake et Wolfenstein. Tout le reste passe à la trappe ou est relégué au second plan. Les quatorze couches de management sont réduites à cinq maximum, bon ça c’est clairement un bon point.

Cette restructuration Xbox 2026 marque la fin d’une illusion : celle qu’un géant de la tech pouvait acheter la créativité comme on acquiert des parts de marché. Aujourd’hui, Double Fine et Compulsion repartent libres, Ninja Theory et Undead Labs changent de mains, Arkane est sur la sellette. La Xbox de demain sera plus rentable. Sera-t-elle encore capable de produire un jeu qui compte ? Rien dans ce mémo ne me rassure.

Noopinho
Noopinho

Explorateur du paysage vidéoludique et grand dévoreur de RPG (quand j'ai le temps).