DON’T NOD faillite : trois mots que je n’aurais jamais imaginé écrire sur ce studio. Pourtant, c’est le studio lui-même qui a tiré la sonnette d’alarme dans son rapport financier annuel. Les commissaires aux comptes ont posé noir sur blanc ce que tout le monde redoutait : sans financement externe rapidement sécurisé, la trésorerie du groupe pourrait être totalement épuisée d’ici la fin de l’année 2026.
Ce n’est pas une rumeur. Ce n’est pas un insider qui balance depuis un compte anonyme. C’est un document officiel, publié par le studio, avec des chiffres qui ne mentent pas. La trésorerie a été divisée par deux en un an. Les dernières sorties n’ont pas généré les revenus espérés. Le modèle s’effondre. Je lis ce rapport comme un joueur, pas comme un comptable. Mais certains chiffres n’ont pas besoin d’expertise pour faire mal
DON’T NOD et l’équation impossible du jeu narratif AA
DON’T NOD, c’est un des studios qui m’a le plus marqué dans ma vie de joueur. Life is Strange, Remember Me, Vampyr, Lost Records l’année dernière que j’avais sincèrement adoré. Des jeux qui ont de la substance, de l’écriture, un vrai parti pris narratif. Exactement le type d’expériences pour lesquelles j’aime tellement les jeux vidéo.
Mais Aphelion, leur dernière sortie, n’a pas changé la trajectoire. Je dois être honnête : j’attendais beaucoup, et j’ai été déçu. La narration tenait la route, l’ambition était là, mais le gameplay était trop simplifié pour convaincre au-delà du cercle déjà acquis. Et une disponibilité day one sur le Game Pass, aussi séduisante soit-elle pour les joueurs, ça ne remplit pas les caisses d’un studio qui a besoin de ventes directes pour survivre.
C’est le piège structurel du AA narratif : trop coûteux pour fonctionner comme un indé, pas assez bankable pour justifier ses budgets face à des investisseurs qui regardent les tableaux Excel avant les crédits de fin.

Tencent actionnaire, Tencent spectateur
Ce qui rend la situation encore plus difficile à avaler, c’est la position de Tencent. Le géant chinois est actionnaire significatif de DON’T NOD, il siège au conseil d’administration, il a accès à tous les chiffres en temps réel. Et malgré l’alerte de continuité d’exploitation, aucun financement supplémentaire ne semble venir de sa part.
Tencent qui regarde un studio s’asphyxier depuis un siège au conseil d’administration, ça pose une question très simple et très inconfortable : est-ce qu’on investit dans la création, ou est-ce qu’on attend que le studio soit à genoux pour négocier dans de meilleures conditions ?
DON’T NOD indique poursuivre activement des négociations pour sécuriser des financements, notamment autour de ses projets en développement. Mais négocier quand les commissaires aux comptes ont déjà acté le risque de faillite, c’est négocier avec un rapport de force catastrophique.

DON’T NOD faillite : un symptôme de l’industrie qui broie ses créateurs
La faillite potentielle de DON’T NOD n’est pas un accident isolé. C’est un symptôme de plus d’une industrie qui n’a plus la patience ni les structures pour soutenir les studios qui prennent des risques créatifs sans filet de sécurité d’une licence mainstream derrière eux (coucou 007 First Light).
Je pense aux développeurs qui pourraient se retrouver au chômage si le studio coule. Des gens qui ont construit des expériences qui m’ont fait ressentir des choses, qui ont poussé les curseurs de la narration interactive en France, et qui risquent d’être dégoûtés à vie de ce médium. Pendant ce temps, d’autres jeux raflent tout avec une facilité presque insolente. Je ne reproche rien à ceux qui cartonnent. Je reproche juste à l’industrie d’avoir arrêté de faire de la place pour les autres.



