Avis – 007 First Light : IO Interactive s’offre le permis de tuer

avis 007 First Light : Je n’ai jamais vu un seul film James Bond. Pas un. C’est sans doute l’un des trous noirs les plus honteux de ma culture pop. Pourtant, quand IO Interactive a annoncé qu’ils prenaient les rênes du permis de tuer, j’ai senti quelque chose. Les créateurs de Hitman s’attaquaient à une licence monumentale, avec leur ADN de level design millimétré et une réputation de studio qui ne fait jamais les choses à moitié. Alors j’ai lancé 007 First Light sans bagage cinématographique, mais avec une curiosité sincère. Quinze heures plus tard, je comprends parfaitement ce que Bond a de magnétique, même pour un novice.

L’origin story de 007 First Light : le bon angle d’attaque

Le pari narratif est immédiatement clair : on n’incarne pas le James Bond des films, l’icône glaciale au Martini vodka. On suit un militaire de 26 ans, jeune officier de la Royal Navy, qui se retrouve largué malgré lui en Islande après le crash de son hélicoptère. Une organisation terroriste rôde. Le MI6 regarde. Et Bond, sans vraiment le décider, devient complice d’une mission qui va changer sa vie.

Ce qui m’a tout de suite accroché, c’est que ce Bond-là ne maîtrise rien. Il est impulsif, il n’en fait un peu qu’à sa tête, il apprend. Sa formation accélérée à Malte, supervisée par le MI6, devient le terrain de jeu naturel pour introduire les mécaniques sans que ça sonne comme un tutoriel. C’est intelligent. On grandit avec lui, et cette progression donne au scénario une vraie colonne vertébrale émotionnelle. Même sans connaître un seul film de la franchise, j’ai compris en jouant pourquoi ce personnage est devenu mythique.

Même sans connaître un seul film de la franchise, j’ai compris en jouant pourquoi ce personnage est devenu mythique.

L’écriture n’est pas révolutionnaire. On retrouve le méchant caricatural, la femme mystérieuse, les codes du genre. Mais ça fonctionne, parce que le jeu assume totalement ce qu’il est : une oeuvre de genre qui respecte ses conventions avec élégance. La composante intelligence artificielle intégrée au fil du scénario apporte une touche d’actualité bienvenue, sans trop en révéler ici. J’ai suivi l’histoire avec un plaisir constant, ce qui, pour un jeu d’action-aventure de cette nature, est déjà une vraie réussite.

Avis 007 First Light : Moneypenny et James en briefing

Avis 007 First Light : Un héritage Hitman bien digéré

On reconnaît immédiatement la signature du studio. Les niveaux sont construits avec plusieurs embranchements, plusieurs façons d’atteindre un objectif. C’est une version allégée de ce que proposait Hitman : World of Assassination, clairement, mais le système fonctionne très bien dans ce contexte plus mainstream. On ne gère pas vingt façons d’éliminer une cible, mais on a toujours le choix de son approche, et ça suffit à créer cette sensation précieuse d’agentivité.

L’infiltration reste le cœur du jeu. Les gadgets y jouent un rôle central : la montre qui pirate les appareils électroniques, le laser, le stylo lance-missiles. Tous sont limités en énergie, ce qui oblige à fouiller les niveaux pour récupérer des batteries. Cette contrainte pousse à l’exploration et maintient une tension douce mais constante. On ne peut pas spammer ses outils, et c’est une très bonne décision de design.

Les gunfights sont solides. Deux points méritent d’être soulignés : les couvertures sont destructibles, ce qui force le mouvement permanent, et les munitions sont volontairement rares. On récupère les armes des ennemis tombés, souvent à sec, ce qui crée une logique d’improvisation permanente qui colle parfaitement au personnage. Bond n’est pas un soldat qui planifie, c’est quelqu’un qui s’adapte.

007 First Light utilise la construction d’Hitman, mais dans un contexte plus mainstream et ça fonctionne très.

Les combats à mains nues ont également une place centrale, et je ne l’avais pas anticipé. Comme Bond ne peut pas tuer sans raison légitime au début de l’aventure, il doit composer. Les affrontements au corps-à-corps reposent sur des contre-attaques, des esquives et des projections. C’est assez classique dans sa structure, mais les animations sont soignées et l’impact des coups se ressent vraiment.

Le TacSim, cette simulation tactique intégrée à la narration, mérite une mention à part. Revisiter des lieux déjà parcourus dans l’histoire, mais en mode bac à sable avec des défis, des classements et des objectifs alternatifs, c’est brillant. Ça prolonge l’expérience sans jamais sembler artificiel, parce que le prétexte narratif est vraiment intégré. Un vrai contenu endgame, pas du remplissage.

James Bond en boîte de nuit dans la seconde mission de 007 First Light

Une histoire d’IA

Le problème le plus concret que j’ai rencontré, et il est récurrent, c’est l’intelligence artificielle des ennemis. Sur l’une des premières missions à Malte, j’ai fait tomber un ennemi d’un rebord, je suis redescendu me cacher dans des hautes herbes juste en dessous, j’en ai éliminé un second, puis je suis remonté pour neutraliser un troisième. Trois gardes liquidés parce que l’IA n’a pas réussi à connecter les événements. Le côté absurde de la situation m’a littéralement sorti du jeu pendant quelques secondes.

Ce n’est pas un cas isolé. Les ennemis semblent aveugles au bruit, mais réagissent au moindre pixel dans leur champ de vision à longue distance. Le dosage est bancal. Je comprends le choix : IO Interactive cible un public large, et une IA punitive aurait découragé une bonne partie des joueurs. Mais quand le cœur de la proposition, c’est l’infiltration, cette faiblesse est difficile à ignorer complètement. Elle ne ruine pas l’expérience, mais elle l’écorche régulièrement.

L’IA ne ruine pas l’expérience, mais elle l’écorche régulièrement.

Autre légère frustration : lors des gunfights à plusieurs ennemis, se jeter sur l’un d’eux pour le frapper à mains nues rend les autres passifs. Ils attendent. C’est commode pour le joueur, mais là encore, l’immersion en prend un coup dès qu’on a compris la mécanique.

James Bond qui affronte des gardes dans 007 First Light

Voyage voyage

Sur PC, le jeu est superbe. Le moteur Glacier d’IO Interactive gère les environnements avec un soin particulier pour la lumière et la densité des foules. On traverse l’Islande, Malte, la Slovaquie, la Mauritanie, le Vietnam, Londres. Chaque lieu a sa propre identité visuelle, sa propre atmosphère. C’est exactement ce qu’on attend de James Bond : le dépaysement permanent, l’impression que le monde entier est votre terrain de jeu.

Pendant mes quinze heures de jeu, je n’ai rencontré aucun bug de mission, aucun crash, aucun problème de texture. Le support ultrawide fonctionne, le DLSS est là, les fréquences d’images sont stables. IO Interactive a livré une version PC propre, et c’est loin d’être une évidence en 2026.

Le jeu ne s’essouffle quasiment pas.

Le rythme de l’aventure est peut-être sa qualité la plus sous-estimée. On passe de l’infiltration à la cinématique à l’action sans jamais s’ennuyer. Les phases en voiture sont scriptées et peu nombreuses, mais elles sont bien mises en scène. Rien ne traîne. En quinze heures de ligne droite, avec cinq heures supplémentaires pour explorer le TacSim et les collectibles, le jeu ne s’essouffle quasiment pas. C’est rare.

Un petit tour en Rover dans 007 First Light
Fiche Test
ÉditeurIO Interactive
DéveloppeurIO Interactive
Date de sortie26 mai 2026
PlateformesPC / PS5 / Xbox Series
Public+16
Fourni par l'éditeurOui
Testé surPC
Temps de jeu15h
Points positifs
  • +L'origin story comme pilier narratif
  • +Un level design qui préserve l'ADN IO Interactive
  • +Le TacSim : un vrai contenu endgame narrativement justifié
  • +Le rythme et la générosité de l'expérience
  • +Une réalisation PC solide et un voyage visuel réussi
Points négatifs
  • L'IA des ennemis
  • Les gunfights à plusieurs ennemis manquent de mordant
Note
17/20

007 First Light c’est un jeu qui n’invente rien mais qui fait tout très bien. IO Interactive a pris une licence intimidante, a choisi le bon angle narratif avec cet origin story, a appliqué son savoir-faire de level design à un contexte plus ouvert et plus cinématographique, et livre un blockbuster interactif qui sent bon les grandes heures de la PS3 et de la PS4.

C’est un jeu confort dans le meilleur sens du terme : généreux, bien rythmé, jamais ennuyeux, avec un Bond jeune qui m’a convaincu sans que j’aie besoin d’avoir vu un seul film. Si IO Interactive corrige l’IA dans un prochain opus et pousse un peu plus loin la systémique de l’infiltration, la licence tiendra une place sérieuse parmi les grandes franchises du jeu vidéo d’action. Les bases sont là.

Noopinho
Noopinho

Explorateur du paysage vidéoludique et grand dévoreur de RPG (quand j'ai le temps).