Le trailer de FC 27 est tombé il y a quelques jours. Parmi les promesses habituelles de gameplay affiné et de mercato retravaillé, Electronic Arts a glissé une séquence qui, je l’avoue, m’a fait l’effet d’un uppercut nostalgique : Alex Hunter, le héros de The Journey, apparaît dans les dernières secondes, un peu plus vieux, le regard posé, désormais présenté comme un mentor pour le nouveau mode The Grounds. Je ne vais pas mentir, j’ai souri. Et puis je me suis souvenu à qui j’avais affaire.
Ce que The Grounds vous promet
The Grounds, c’est le pari open-world du FC 27. Un quartier en trois districts Parkside à l’anglaise, Montclair à la française, Zeiza à l’argentine, où vous créez votre joueur, vous déambulez, vous croisez d’autres joueurs, vous lancez des matchs de street football, vous participez à des mini-jeux, vous achetez des vêtements de marque. Pro Clubs est intégré au hub, votre progression est partagée. Le mode ne sera disponible que sur PS5, Xbox Series, PC et Switch 2, les consoles last-gen en sont exclues. Kylian Mbappé et Alex Hunter (et sûrement d’autres) vous guideront à travers des défis et des activités.
Dit comme ça, c’est alléchant. C’est le rêve du gamin qui voulait être footballeur et qui, à défaut de fouler la pelouse de San Siro, voulait au moins pouvoir le simuler avec un minimum de crédibilité, avec un soupçon de roleplay, avec autre chose que des menus austères et des tableaux Excel déguisés en mode carrière. J’ai passé des heures sur Soccer Life 1 et 2 à l’époque, des jeux objectivement moyens mais qui avaient cette étincelle. J’ai usé le mode Become a Legend de PES. Et surtout, j’ai dévoré le MyCareer de NBA 2K entre 2013 et 2015, quand ce mode était une claque scénaristique et immersive, dans un autre sport certes, mais c’était quelque chose.

Le cadavre de NBA 2K dans le placard
Et c’est là que le red flag s’allume. The Grounds ne ressemble pas au MyCareer des grandes années. Il ressemble au MyCareer d’après, celui du quartier, celui de The City, celui où chaque vêtement, chaque attribut, chaque progression s’est mis à passer par la carte bancaire. Le trailer montre des boutiques aux enseignes Adidas notamment. La monétisation est déjà en place, affichée sans pudeur. Des cosmétiques, me direz-vous. Rien qui n’affecte l’équité compétitive.
J’aimerais vous dire que j’y crois. Mais j’ai vu ce film. NBA 2K a commencé exactement comme ça : des vêtements achetables avec la monnaie gagnée en jouant. Puis la VC s’est raréfiée, la progression est devenue un calvaire sans achat, et tout le hub interconnecté s’est transformé en centre commercial géant où l’on vous fait comprendre que votre temps vaut moins que votre portefeuille. Résultat : j’ai lâché une série dans laquelle je passais 200 heures par an. EA, de son côté, vient tout juste de se faire épingler sur College Football 27 pour avoir introduit des microtransactions dans les modes solo, supprimant l’ajustement de progression pour forcer les joueurs à payer, avant de faire machine arrière sous la pression du boycott #CFBPLAYDONTPAY. La promesse d’absence de microtransactions dans le mode Carrière de FC 27 est intervenue après cette controverse. Mais The Grounds, lui, n’est pas couvert par cet engagement.

Le football qu’on a perdu
Je ne suis pas naïf. Je sais que The Grounds va trouver son public, qu’EA va générer des sommes colossales avec ce mode, probablement plus qu’avec les ventes du jeu lui-même. Ultimate Team a déjà prouvé que la licence pouvait gagner davantage avec les transactions internes qu’avec le prix d’entrée à 80 euros. Dans un free-to-play, les microtransactions ont un sens économique défendable. Dans un jeu vendu chaque année au prix fort, dont le contenu ne change que marginalement, c’est une autre histoire. Le problème de fond, ce n’est pas que les cosmétiques existent. C’est que chaque minute de développement consacrée à concevoir des boutiques, des skins et des boucles de rétention est une minute retirée au gameplay, à la physique de balle, au positionnement des coéquipiers, à tout ce qui fait qu’un match de foot virtuel ressemble encore à du football et non à du FIFA Street sous amphétamines.
Alors oui, Alex Hunter est de retour. Et c’est une belle idée. Mais son retour ne ressemble pas à un hommage désintéressé. Il ressemble à un appât soigneusement calibré pour les trentenaires qui ont vibré sur The Journey en 2017 et qu’EA espère voir ressortir la carte bleue pour rhabiller leur avatar en édition limitée. Le football virtuel aurait pu rester un terrain de jeu candide. Comme le football réel, il est devenu un terrain de chasse. Et je crois que c’est cela, au fond, qui me fatigue le plus.



