Mixtape a fait du bruit. Beaucoup, et dans tous les sens. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à l’acheter day one, ce qui n’est pas dans mes habitudes : l’envie de me faire mon propre avis sur quelque chose qui divisait autant.
Sur le papier, le jeu coche des cases qui me parlent : narratif, musical, teinté de nostalgie. On y suit trois ados lors de leur dernière nuit ensemble, avant que la vie ne les disperse. Stacey, le personnage principal, a ce talent un peu magique de toujours trouver la bonne chanson au bon moment. Un talent que j’aurais bien aimé avoir, pour être honnête.

Mixtape : Un univers rétro et un pari narratif risqué
L’univers est celui qu’on a vu mille fois dans les séries et les films américains : les années 80-90, les maisons de banlieue, le vernis rebelle, les premières fois. C’est lisse, c’est fantasmé, c’est assumé. Et c’est là que le jeu joue un jeu risqué : si tu restes à l’extérieur, si tu n’y amènes rien de toi, il ne te donnera pas grand-chose en retour. Narrativement, il n’est pas révolutionnaire. Les mini-jeux sont variés mais pas transcendants. Sans la couche émotionnelle, c’est un joli objet un peu vide.
Mais avec elle, et c’est tout le problème, ou toute la beauté du truc, ça devient autre chose.
Cassandra et la nostalgie brute du skateboard
Il y a un personnage, Cassandra, fille de flic, bridée jusqu’à l’étouffement, qui à un moment décide simplement de vivre. Pas d’éclat, pas de grande scène. Juste cette décision-là. Ça m’a touché plus que je ne l’aurais cru.
Et puis il y a les descentes en skateboard. Simplistes, presque anecdotiques. Mais quelque chose dans la vitesse, dans le slalom entre les voitures, m’a renvoyé direct aux jeux de skate de mon enfance et surtout à ce sentiment d’impunité totale qu’on a gamin, cette conviction que rien ne peut vraiment arriver.

Le vertige de l’adolescence et le verdict
Le moment qui m’a le plus eu, pourtant, c’est une scène en voiture. On roule vers une fête, la musique monte, et le jeu bascule dans quelque chose d’onirique : des feux d’artifice partout, les décors qui s’embrasent. Et là, sans prévenir, j’avais à nouveau dix-sept ans un vendredi soir. La semaine de cours derrière moi, la nuit devant, l’excitation stupide et pure d’aller retrouver des gens qu’on aime et de ne penser à rien d’autre qu’au moment présent. Cette espèce d’extase que l’âge adulte érode doucement sans qu’on s’en rende compte, jusqu’à ce qu’un jeu vidéo à vingt euros vous la remette dans la gorge d’un coup.
Mixtape est un jeu difficile à qualifier. Je comprends ceux qui l’ont trouvé vide, surévalué, anecdotique. Je comprends aussi ceux pour qui c’est leur jeu de l’année. Les deux positions sont honnêtes. Ça dépend simplement de ce que vous avez accepté d’y apporter, et de ce que vous étiez prêt à recevoir en retour.



