Aussi curieux que cela puisse paraître, je fais partie de ces joueurs n’ayant jamais réussi à s’investir dans The Witcher 3, malgré le consensus mondial sur la qualité narrative hors norme du titre de CD Projekt. C’est d’autant plus étrange que j’avais terminé The Witcher 2 bien avant l’annonce du troisième opus. Pourtant, lors de la sortie des nouvelles aventures de Geralt, l’accroche émotionnelle n’a jamais opéré. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé : j’ai dû retenter l’expérience au moins cinq fois. À tel point que les dix premières heures de jeu résonnent comme un cauchemar éveillé dès que l’on m’en parle. Je crois sincèrement que le Baron Sanglant et moi sommes devenus des intimes, même si, à l’heure actuelle, il attend de mes nouvelles depuis plusieurs années.
Chapitrage
Un problème d’enjeux et d’attachement émotionnel
Les raisons de ce désamour ne se résument pas à un seul facteur. Le jeu présente selon moi de gros problèmes de gameplay, mais ce n’est même pas ce qui me fait décrocher. Le vrai blocage réside dans la narration : je n’y ressens aucun lien affectif. Les enjeux censés susciter l’empathie arrivent beaucoup trop tard, si tant est qu’ils arrivent un jour. Je n’ai aucun attachement pour Geralt ou sa « famille » (Ciri) et je ne me soucie pas de son sort en début d’aventure, tout simplement parce que rien ne me lie à elle à ce stade.

La surprise venue des anciens de CD Projekt
Vous comprendrez donc qu’à l’annonce d’un titre développé par une partie des anciens auteurs de The Witcher, je n’ai que très légèrement sourcillé. Je n’avais aucune attente, et pire encore : je ne voulais même pas y toucher. C’est grâce au lobbying insistant de mon entourage que j’ai finalement accepté de lui donner une chance. Et là… déclic. The Blood of Dawnwalker m’a fait comprendre exactement pourquoi la sauce n’avait jamais pris avec les aventures de Geralt.

La différence The Blood of Dawnwalker
Visuellement, dans la physique du personnage ou le gameplay, le titre de Rebel Wolves a tout d’une reprise de The Witcher 3. La filiation est immédiate. Mais là où il marque des points, c’est qu’il ne s’encombre pas d’un lore massif hérité de plusieurs opus précédents. Le jeu permet de s’immerger d’emblée dans une histoire neuve, portée par des enjeux émotionnels clairs et immédiats. Coen est un personnage empathique dont la quête familiale parle tout de suite. On se sent impliqué sans devoir attendre des dizaines d’heures pour en saisir l’intérêt. Le studio fait preuve d’une plus grande intelligence émotionnelle en rendant son protagoniste plus humain. Un choix aux antipodes de la nature de Geralt qui, de par son statut de sorceleur, reste très stoïque et pour la petite histoire, j’ai lu la moitié des livres The Witcher, ce qui confirme que je suis encore plus une anomalie !

Accepter ses blocages vidéoludiques
Tout cela montre à quel point l’appétence pour un jeu vidéo peut se jouer à peu de chose. Une œuvre acclamée par la terre entière peut vous rebuter pour un détail totalement anodin aux yeux des autres. Parfois, c’est aussi une question de période : on ne se trouve pas toujours dans la disposition d’esprit nécessaire au moment où on lance le titre. Il se pourrait très bien que dans deux ans, je relance The Witcher 3 et que j’y voie enfin le chef-d’œuvre perçu par tous. En attendant, il ne faut jamais culpabiliser de ne pas accrocher à un jeu « incontournable » ni craindre de passer pour le canard boiteux du groupe. Notre sensibilité réagit à des subtilités qui nous échappent parfois à un instant T. Si vous n’avez pas aimé The Witcher 3 ou si mon parcours vous parle, donnez une chance à The Blood of Dawnwalker. Qui sait ? Ce sera peut-être lui qui débloquera la serrure de votre cœur pour l’œuvre de CD Projekt.




