C’est un simple article de blog que PlayStation a publié ce 1er juillet 2026. Pas une conférence, pas un State of Play, pas même une bande-annonce. Juste un communiqué tiède, écrit dans la langue de bois si caractéristique des services communication corporate. Et pourtant, ce texte acte un séisme dont on mesurera les répliques pendant des années : la fin des jeux physiques PlayStation est programmée pour janvier 2028.
Passé cette date, plus aucune nouvelle sortie ne sera pressée sur Blu-ray. Les jeux déjà commercialisés en boîte avant l’échéance ne sont pas concernés, l’occasion continuera d’exister pour le catalogue existant, mais le flux s’arrête net. Sony justifie cette décision par l’évolution des préférences des consommateurs, qui plébisciteraient le dématérialisé. La formulation est presque bienveillante : on s’adapte à vous, on vous rend service. À aucun moment le communiqué n’emploie les mots qui fâchent. Contrôle. Prix imposés. Marché de l’occasion. Propriété.
Ce que ça signifie concrètement : plus de galettes, plus de revente, plus de choix
Quand vous retirez le support physique, vous ne retirez pas qu’un bout de plastique. Vous retirez la possibilité de prêter un jeu à un pote, de le revendre pour financer le prochain achat, de le conserver dans une bibliothèque qui survivra à la fermeture d’un store. Vous retirez aussi la concurrence entre enseignes : sans boîtes à aligner dans les rayons, Leclerc, Carrefour et consorts n’ont plus rien à négocier. Le prix unique imposé par le PlayStation Store devient la norme de fait, et on connaît déjà la musique : des jeux à 80 € qui ne baissent jamais vraiment, ou alors dix-huit mois plus tard, quand l’éditeur daigne lancer une promo.
J’ai une pensée pour les boutiques spécialisées, celles qui tenaient encore debout malgré la pression. Pour elles, ce n’est pas une évolution, c’est un couperet. Certaines se sont déjà diversifiées vers la rétro, le goodies, la figurine. Mais quand le cœur de métier, la nouveauté physique, disparaît, il faut être lucide : beaucoup n’y survivront pas. Et ce ne sont pas les codes en boîte, à la manière de ce que Rockstar va faire avec GTA VI, qui remplaceront le plaisir de glisser un Blu-ray dans sa console.

Xbox, Nintendo, PC : qui tiendra encore debout ?
Parlons franchement : Xbox va suivre. C’est une certitude, pas une hypothèse. Microsoft a toujours poussé le dématérialisé, du Game Pass au lancement de la Series S sans lecteur, en passant par une communication centrée sur l’écosystème plutôt que sur la machine. Pour eux, l’annonce de Sony est une aubaine stratégique : le concurrent ouvre la brèche, ils n’auront qu’à s’y engouffrer en mode « nous aussi on s’adapte ». Je m’attends à un communiqué similaire prochainement.
Reste Nintendo. La Switch continue d’écouler des cartouches par millions, et le public familial reste très attaché au format boîte, ne serait-ce que pour offrir un jeu à Noël sans avoir à imprimer un code cadeau ridicule. La Switch 2, avec ses fameuses « game cards », maintient pour l’instant le cap physique. Mais pour combien de temps ? Les premiers signaux sont mitigés, et Nintendo n’est pas imperméable aux sirènes du tout-numérique. Si les deux autres constructeurs y passent, la pression économique sur les éditeurs tiers, ceux qui fabriquent les cartouches, pourrait rendre la production physiquement intenable, même pour Kyoto.
Quant au PC, il est dématérialisé depuis plus d’une décennie et personne ne s’en plaint. La différence, c’est que Steam et GOG maintiennent une concurrence réelle sur les prix, avec des soldes agressives et un écosystème ouvert où plusieurs boutiques coexistent. Sauf que le PC n’est pas non plus la terre promise : les composants flambent, la RAM et le stockage atteignent des sommets, et monter une tour compétitive aujourd’hui relève du parcours du combattant budgétaire. Le salut ne viendra pas de là.

La PS6 est déjà écrite, et elle n’aura pas de lecteur
Je vais être direct : cette annonce ne sort pas de nulle part. La direction était verrouillée depuis des années. La PS5 Pro sans lecteur Blu-ray, vendu séparément comme un accessoire optionnel, était le galop d’essai. L’augmentation continue du prix des consoles, officiellement justifiée par les composants, officieusement par l’inflation généralisée, a habitué le public à débourser toujours plus pour jouer. Chaque étape était préparée, calibrée, testée.
Quand la PlayStation 6 arrivera, probablement aux alentours de 2028 ou 2029, elle sera 100 % numérique. Pas de version avec lecteur, pas d’accessoire externe, pas de compromis. Sony aura bouclé la boucle : un écosystème fermé où chaque jeu, chaque DLC, chaque microtransaction transite par ses serveurs et ses 30 % de commission. Le jeu vidéo ne s’achète plus, il se licence. Et le pire, c’est que toute une génération de joueurs, celle qui n’a connu que Fortnite, FIFA Ultimate Team et Call of Duty Warzone, trouvera ça parfaitement normal.
Cette fin des jeux physiques PlayStation n’est pas une fatalité technologique. C’est un choix stratégique, cynique et parfaitement assumé. Le plus triste, c’est que Sony n’a même pas jugé utile d’en faire une annonce solennelle. Juste un article de blog, un jeudi après-midi, comme on publie une mise à jour de firmware. Le mépris est presque plus blessant que la décision elle-même.



