
Avec ses dioramas de bois, ses couleurs pastel et une ambiance cotonneuse, Woodo fait partie de ces jeux dont quelques secondes suffisent pour identifier l’intention : ralentir, observer et prendre son temps. Derrière une apparence simple se cache une proposition originale entre puzzle en trois dimensions et histoire interactive.
Sorti le 16 septembre 2026, Woodo est développé par Tiny Monks Tales, un studio indépendant composé de deux développeurs, Yullia Prohorova et Timur Bogotov. Ils sont accompagnés par le compositeur Don Roberts pour cette production. Les deux développeurs avaient travaillé ensemble sur Clumsy Rush, un party game bien plus agité que notre jeu de puzzle.
À l’édition, nous retrouvons Daedalic Entertainment, un éditeur allemand pas forcément connu, mais avec un catalogue fourni de titres tels que Deponia, Shadow Tactics: Blades of the Shogun ou Unrailed!
Le projet Woodo remonte à octobre 2020 où Yullia Prohorova publie une première pièce conçue sous Blender. À ce moment, Woodo n’est qu’une idée, pas de prototype ni de projet lancé sous Unity. Le développement va connaître des pauses avant d’obtenir le financement nécessaire. Et malgré les 6 ans écoulés, l’idée de départ est toujours présente : retrouver le plaisir de manipuler les jouets en bois et réveiller quelques souvenirs d’enfance, de la même manière que Foxy se remémore un bel été. Le jeu raconte ainsi les souvenirs d’une jeune renarde venue de la ville pour passer l’été à la campagne où elle rencontre Ben, la grenouille. Leur histoire se construit à travers une succession de dioramas qu’il faut compléter pièce par pièce.
Le puzzle réinventé
Le principe de départ est difficilement plus accessible. Woodo nous présente un décor incomplet et nous demande d’y replacer différents éléments en bois. Une fois la bonne position trouvée, la pièce s’emboîte dans le décor, prend ses couleurs et contribue progressivement à donner vie à la scène.
Il ne s’agit toutefois pas simplement de sélectionner une forme avant de chercher son emplacement. Les dioramas sont construits en trois dimensions et demandent régulièrement de faire pivoter la caméra, d’observer le décor sous différents angles ou encore de zoomer pour repérer des emplacements dissimulés. Le jeu assume d’ailleurs cette absence de linéarité dans la conception de ses puzzles.
La progression passe par une carte donnant accès à différents lieux. Mais le jeu a l’intelligence de ne pas répéter exactement la même mécanique pendant des heures.



Tantôt les pièces attendent dans un inventaire que l’on fait défiler, tantôt le jeu nous en impose une qu’il faut replacer dans le décor. Ou encore, les pièces peuvent être déjà dans le décor, et il faut alors les récupérer pour les placer au bon endroit. Certaines pièces se déplacent et réclament davantage d’observation. Ces petites variations peuvent sembler anecdotiques prises séparément mais elles sont essentielles car elles évitent que la mécanique centrale ne devienne trop automatique.
L’une des variations qui m’a le plus surprise est celle du reflet dans l’eau. Au lieu d’observer directement le diorama, il faut utiliser son reflet pour comprendre où doivent être placées les pièces, tandis que certaines sont volontairement dissimulées. Le jeu détourne alors son propre principe et oblige à regarder différemment un environnement que l’on pensait avoir compris.
Pour autant, Woodo ne cherche jamais à devenir un casse-tête particulièrement exigeant. La difficulté vient davantage de l’observation que de la réflexion pure et c’est cohérent avec la volonté de présenter une expérience qui veut avant tout être apaisante. Le jeu peut d’ailleurs fournir une assistance lorsque l’on en a besoin. Une fois une pièce sélectionnée, il suffit d’appuyer sur « X » pour que le diorama nous emmène là où la pièce s’emboîte. La solution n’est pas directement donnée, la caméra se place juste au bon endroit et bien souvent, il s’agit d’un petit coin où nous n’avons pas posé les yeux !
Un podcast interactif
Le puzzle n’est finalement pas une fin en soi. C’est le moyen choisi pour nous faire découvrir une histoire et c’est probablement ici que Woodo possède son meilleur argument et notamment dans sa version française.
La narration est assurée par la génialissime Laure Grandbesançon, voix emblématique pour les jeunes auditeurs de France Inter. Cette voix m’est bien connue car je suis une grande amatrice du podcast Les Odyssées où elle nous raconte des épopées historiques. Le choix est particulièrement pertinent car Woodo repose lui aussi sur le plaisir d’écouter quelqu’un raconter une histoire.
Pour qui connaît déjà sa voix, le charme opère immédiatement. Elle apporte dès les premières minutes un véritable cachet à l’aventure et accentue cette étrange impression de ne plus tout à fait jouer à un jeu vidéo mais d’écouter une histoire que l’on pourrait manipuler.


La narration ne se contente pas d’encadrer les puzzles. Elle avance avec eux.
À mesure que les pièces retrouvent leur place, la narratrice apporte de nouveaux éléments et nous accompagne dans la compréhension de la scène que nous sommes en train de reconstruire. Le puzzle raconte donc autant l’histoire que la voix qui nous accompagne. Cette volonté de faire évoluer le gameplay au rythme de la narration fait d’ailleurs partie des principes revendiqués par les développeurs.
C’était probablement ma principale crainte avant de commencer Woodo : est-ce que cette succession de petits dioramas n’allait pas finir par devenir monotone ?
Étonnamment, non !
La narration est suffisamment bien rythmée pour intervenir au bon moment. Elle récompense une progression, relance l’intérêt lorsque c’est nécessaire et marque les différentes étapes d’un puzzle sans interrompre constamment le joueur. Les quelques cinématiques restent courtes et servent essentiellement de transition.
La musique participe elle aussi à cette narration. Douce et discrète la plupart du temps, elle sait également proposer des petits thèmes suffisamment identifiables pour être fredonnés en compagnie des personnages. Le compositeur Don Roberts a d’ailleurs conçu la bande originale autour du rôle d’accompagnement de l’ambiance et de l’histoire.
L’environnement sonore ne s’arrête pas là. Les petits bruitages qui accompagnent le déplacement du curseur et surtout le claquement d’une pièce correctement positionnée donnent une matérialité surprenante à ces objets virtuels. Une fois installés, certains éléments s’animent à leur tour et le décor, jusque-là immobile et terne, prend progressivement vie.
Un univers doux comme du bois
Ce parti pris fonctionne aussi parce que Woodo est particulièrement agréable à regarder.




Tout est conçu comme une collection de petites figurines et de décors en bois peint. Le matériau aurait pu facilement donner au jeu un aspect rigide ou artificiel. C’est presque l’inverse : le bois paraît doux et lisse, avec juste ce qu’il faut de brillance pour donner envie de saisir les objets qui apparaissent à l’écran. Côté accessibilité, le jeu permet un mode « daltonien » pour proposer une gamme de couleurs rendant l’expérience agréable pour tous !
Les couleurs jouent beaucoup avec cette sensation de douceur. Elles évitent les tons excessivement saturés au profit d’une palette plus douce, parfaitement adaptée à l’ambiance cozy recherchée par le jeu.
Testé sur un téléviseur 4K, Woodo s’en sort particulièrement bien. Les détails répondent présents même lorsqu’il faut effectuer des zooms assez importants pour débusquer une petite pièce ou inspecter un recoin du décor. La Nintendo Switch 2 Edition bénéficie justement d’une résolution et d’une qualité d’image améliorées ainsi que de performances plus fluides par rapport à la version Switch.
Les éclairages contribuent beaucoup au résultat. Une petite source lumineuse, un reflet ou une ombre suffisent parfois à donner du relief à ce qui aurait pu n’être qu’une collection de jouets posés les uns à côté des autres.
Et surtout, chaque pièce ajoutée colore un peu plus le tableau. Un diorama initialement incomplet se transforme progressivement sous nos yeux jusqu’à devenir une véritable petite scène de vie. C’est simple mais terriblement et addictivement satisfaisant !
Une Switch 2 pas totalement exploitée ?
Sur console Nintendo, Woodo possède pourtant un atout particulièrement adapté à son concept : l’écran tactile. Celui-ci est utilisable aussi bien sur Switch que sur Switch 2.
Pour ma part, j’ai même trouvé la manipulation de la caméra plus naturelle au tactile qu’avec les sticks. Faire pivoter ces petites maquettes à la main renforce également l’impression de manipuler directement un objet.
En revanche le mode souris des Joy-Con 2 n’est pas encore disponible à l’heure actuelle. Les développeurs travaillent toutefois à son intégration. Woodo semble être un candidat tout désigné pour cette fonctionnalité : déplacer les pièces, inspecter minutieusement un décor ou sélectionner de petits éléments paraît parfaitement adapté à la précision d’un pointeur.

Son absence au lancement laisse donc une légère impression de rendez-vous manqué avec les spécificités de la Switch 2. Si son intégration se révèle convaincante, le mode souris pourrait même devenir l’une des façons les plus agréables de parcourir ces petits mondes en bois !
- Direction artistique douce et cohérente
- Narration française par Laure Grandbesançon
- Variations des puzzles
- Ambiance sonore particulièrement réussie
- Difficulté assez faible pour les amateurs de casse-têtes
- Une rejouabilité inexistante
Woodo ne cherche jamais à révolutionner le puzzle par sa difficulté. Il le réinvente plutôt par sa manière de lui donner du sens. Placer une pièce ne sert pas simplement à compléter un décor : cela révèle une couleur, déclenche une animation, provoque un bruit, fait avancer une narration et dévoile peu à peu un souvenir.
Et c’est probablement là que réside toute la réussite du jeu. Ce qui aurait pu devenir une succession monotone de jolies maquettes parvient à conserver notre attention grâce aux variations de gameplay et surtout à une narration remarquablement bien intégrée. En français, la présence de Laure Grandbesançon renforce encore davantage cet aspect de conte audio interactif, tandis que la direction artistique en bois et la musique achèvent de construire cette atmosphère paisible.
Woodo n’est ni un puzzle particulièrement difficile, ni une aventure qui cherche à nous tenir en haleine à grands rebondissements. C’est un jeu que l’on écoute autant qu’on le regarde et qu’on le manipule.
C’est peut-être la meilleure façon de le définir : Woodo est un petit souvenir d’enfance en bois qu’on nous demande de reconstruire, pièce après pièce.



