Fading Echo : un puzzle-game qui cache son jeu

🔄 Mis à jour le 1 septembre 2026

Je venais de refermer Star Wars Jedi : Survivor, trente heures de mobilité frénétique et une fin que j’ai trouvée abrupte, quand j’ai lancé Fading Echo avec une méfiance non dissimulée. Les quinze premières minutes n’ont rien arrangé : des contrôles qui semblent étroits, une cinématique d’ouverture expédiée en une trentaine de secondes de planches de bande dessinée, comme si le jeu avait honte de raconter quoi que ce soit.

J’ai eu peur de tomber sur un énième action-plateforme sans relief. Il m’a fallu près d’une heure pour comprendre que je jugeais mal ma cible, et huit heures et demie pour comprendre à quel point je m’étais trompé sur ce qu’il valait vraiment.

Un mauvais premier rendez-vous

La première heure de jeu est poussive, et je ne vais pas prétendre le contraire. Les affrontements paraissent pauvres, l’histoire se pose sans respiration et l’ensemble sent l’action-plateforme générique que j’avais redouté en lançant le jeu. Le biais Jedi Survivor a pesé sur moi, forcément : sortir d’une mobilité enragé rend n’importe quel personnage plus modeste raide par comparaison, et je préfère le poser ici plutôt que de le glisser sous le tapis.

Puis quelque chose se débloque. Les premières énigmes élémentaires s’enchaînent, la logique du jeu devient lisible, et ce que je prenais pour de la mollesse se révèle être une mise en jambes mal vendue. Fading Echo n’est pas le jeu qu’il prétend être en façade, et c’est presque un défaut en soi : un titre qui se présente si mal qu’il risque de perdre une bonne partie de ceux qui auraient aimé ce qu’il devient une heure plus tard.

Gameplay de Fading Echo

Une goutte d’eau qui pense pour deux

Le personnage se transforme en goutte d’eau, et cet état de base conditionne tout le vocabulaire d’action du jeu. Une énergie verte, liée au poison, renforce le saut. Une énergie rouge, liée au feu, transforme l’héroine en fumée pour s’envoler, et combinée à l’eau, produit de la vapeur qui propulse vers le haut. Une énergie violette, arc-en-ciel, permet de se téléporter. Chacune de ces mécaniques reste simple isolément, mais leur addition ouvre un vrai vocabulaire de résolution.

S’ajoute une mécanique plus fine : l’alternance entre deux mondes, parfois trois. Elle ne se fait pas à la volée comme le plan spectral de Legacy of Kain, mais via des sphères situées à des points précis de la carte. On repère un artefact dans un monde, on doit le ramener ou l’activer dans l’autre, ce qui demande de retenir un état qu’on ne voit plus à l’écran : je me souviens d’une porte bloquée pendant de longues minutes, simplement parce que j’avais oublié qu’une sphère m’attendait dans le monde parallèle, à l’endroit exact où je me trouvais sans le savoir.

Chaque mécanique parle aux autres, et c’est cette grammaire qui donne l’impression, presque fausse mais grisante, d’avoir trouvé sa propre solution.

Cette impression de liberté, je m’en méfie moi-même autant que je m’en réjouis. En rejouant certaines énigmes dans ma tête, je ne suis pas certain d’avoir eu deux vraies façons de les résoudre : il est possible que le jeu m’ait simplement guidé sans jamais me le dicter mot à mot, ce qui produit le même plaisir sans être tout à fait la même chose. Peu importe au fond : que la liberté soit réelle ou savamment entretenue, elle fonctionne, et c’est là, sans conteste, que se trouve le vrai talent d’Emeteria.

Puzzle dans Fading Echo

Un moule qui se répète un peu trop

Le monde de Fading Echo se découpe en quatre grandes régions, chacune organisée autour de trois sources d’eau à régénérer. La formule tient sur la longueur : les énigmes gagnent en subtilité d’un monde à l’autre plutôt que de se répéter platement. C’est le seul vrai sujet du jeu, et il le décline avec un toucher de puzzle-designer que je n’attendais pas d’une production aussi modeste.

Le bémol vient de l’habillage. Les biomes se ressemblent d’une région à l’autre, dans leur construction comme dans leur ambiance visuelle, et cette impression de déjà-vu grignote un peu la sensation de progression que la mécanique, elle, entretient très bien. Un jeu aussi précis dans son game design aurait mérité une identité de décor tout aussi affirmée à chaque étape.

Humphrey dans Fading Echo

Le combat, ce grand oublié

Le revers, c’est que les affrontements ne suivent jamais. Le bâton du héros permet de propulser les ennemis, et la tactique consistant à les éjecter dans le vide au moment d’un dash reste efficace bien trop longtemps, y compris sur le climax du premier monde, là où j’espérais un affrontement un peu plus osé, un peu plus nerveux. Le jeu prévoit quelques arènes fermées où l’éjection est impossible, une forme d’aveu que la faille est connue de ses créateurs, mais la tentation de contourner le combat ailleurs reste plus forte que la contrainte.

Le bestiaire se renouvelle peu, et je l’admets sans détour : j’ai fini par survoler la plupart des affrontements plutôt que de les affronter avec sérieux. Ce n’est pas un aveu de paresse de ma part, c’est un choix de joueur que le jeu m’a lui-même soufflé, et quand une mécanique pousse à la contourner plutôt qu’à l’affronter, c’est elle qui a échoué, pas moi.

Quand un jeu récompense plus la paresse que l’intelligence élémentaire qu’il prône, le problème n’est pas le joueur qui triche, mais le jeu qui ne se défend pas.

Les combats sont moins réussis dans Fading Echo

Une histoire qui s’évapore

Scénaristiquement, il n’y a pas grand-chose à sauver. L’intro expédiée ne se rattrape jamais, et malgré un effort visible sur l’univers et les personnages, je ne me suis attaché à rien, pas même un peu. L’envie de continuer venait entièrement des mécaniques, jamais du récit, et huit heures de jeu n’ont rien changé à ce constat.

Petit regret supplémentaire : Fading Echo est développé par un studio français, Emeteria, et n’est pourtant pas doublé en français. La logique financière derrière ce choix se comprend, ce n’est pas la première fois que je le croise, mais elle pèse un peu plus lourd quand l’histoire est déjà le maillon faible du jeu.

La mère de One dans Fading Echo

Du bureau au Steam Deck, sans accroc

Sur PC fixe, le jeu tourne très bien, capé à 60 images par seconde et parfaitement stable, sans le moindre accroc sur toute la durée du test. Sur Steam Deck, il reste à 30 images par seconde, la console souffle un peu, mais tout fonctionne, y compris l’alternance entre les mondes. Pour un jeu au format aussi propice au portable, c’est un vrai bon point.

La direction artistique accompagne bien cette solidité technique : un univers coloré et lisible qui évoque RiME, avec de petites bulles façon bande dessinée que j’ai franchement appréciées. Le contraste reste le même du début à la fin : une image soignée qui ne suffit pas, à elle seule, à porter un récit trop mince.

One, dans Fading Echo
Fiche Test
ÉditeurNew Tales
DéveloppeurEmeteria
Date de sortie21 juillet 2026
PlateformesPC
Public+12
Fourni par l'éditeurOui
Testé surPC & Steam Deck
Temps de jeu8h30
Points positifs
  • +Système élémentaire (eau, feu, poison, téléportation) cohérent et intuitif une fois assimilé
  • +Énigmes intuitives et plaisantes qui tiennent sur toute la durée du jeu
  • +Alternance entre mondes avec une vraie mémoire spatiale à utliser
  • +Direction artistique colorée et lisible
  • +Très propre techniquement
Points négatifs
  • Combats sans intérêt, trop souvent contournables
  • Biomes qui manquent de variété d'un monde à l'autre
  • Histoire pauvre, aucun attachement aux personnages malgré l'effort visible
Note
14/20

Je referme Fading Echo avec le sentiment étrange d’avoir joué à deux jeux différents. Le premier, celui de la première heure, m’a presque convaincu de ranger ma manette : contrôles étroits, récit expédié, tout ce que je redoutais après un AAA généreux en sensations. Le second, celui qui prend le relais dès qu’on comprend la goutte d’eau et ses énergies, est un puzzle-game d’une belle rigueur, capable de faire oublier ses propres combats. C’est ce déséquilibre qui justifie une note de 14/20 plutôt qu’un chiffre plus généreux ou plus sévère. Une proposition indépendante sincère, un aspect puzzle solide et bien senti, mais un titre qui n’a jamais su capitaliser pleinement sur sa plus grande force, laissant ses maillons faibles traîner comme des boulets pendant que les énigmes, elles, auraient largement mérité de porter tout le poids du jeu.

Fading Echo reste une proposition prometteuse, à condition que ce mot reste un espoir et non une certitude : si Emeteria enfonce le clou de ses puzzles élémentaires et muscle un peu son récit sur un prochain projet, ce studio français méritera qu’on le suive de près.

Noopinho
Noopinho

Explorateur du paysage vidéoludique et grand dévoreur de RPG (quand j'ai le temps).