Bouh !
Il est parfois plus difficile de coucher des mots sur un jeu moyen que sur une catastrophe industrielle ou un chef-d’œuvre absolu. C’est exactement le cas avec cet avis I Hate This Place, un titre qui me laisse finalement assez perplexe. Le concept avait pourtant de quoi séduire sur le papier, mais l’exécution manette en main peine à transformer l’essai. J’ai un sentiment de gâchis, d’un jeu qui ne procure pas assez d’émotions pour qu’on s’y attache, ni assez de frustration pour qu’on le déteste.
Un scénario de série B assumé
Pour poser le décor, on incarne Elena qui revient dans son ranch familial accompagnée de son amie Lou. Le point de départ est classique : les deux jeunes femmes découvrent un bunker, décident de l’explorer, et Lou disparaît mystérieusement. Le fil rouge de l’aventure sera donc de retrouver votre amie. Soyons honnêtes, on n’est pas sur du grand scénario, c’est du « vu et revu » : gouvernement qui fait des expériences secrètes, une secte qui vénère un dieu malsain, des araignées géantes… On connaît la chanson.
Elena est consciente de l’absurdité des événements, ce qui rend l’histoire digeste.
Cependant, ça fonctionne plutôt bien grâce au ton du jeu. Il y a une vraie dissonance comique entre la réalité de la situation (le chaos total) et la tante d’Elena, qui continue de gérer le ranch comme si de rien n’était. Elena elle-même a conscience de l’absurdité des événements, et cette lucidité rend l’histoire digeste. Elle en profite d’ailleurs pour enquêter sur la disparition de sa mère, liée à ces mystères.

Une adaptation au potentiel inexploité
Pour la petite histoire, le jeu est adapté du comics de Kyle Starks et Artyom Topilin (chez Image Comics). D’ailleurs, l’œuvre originale porte le doux nom de Fuck This Place, un titre bien plus évocateur qui a été censuré pour la distribution grand public.
Le style cartoon est vraiment sympa et le tout est renforcé par des onomatopées qui poppent à l’écran.
Même sans avoir lu les planches d’origine, force est de constater que le jeu embrasse totalement cette filiation visuelle. C’est une franche réussite : le style cartoon est vraiment sympa et le tout est renforcé par des onomatopées qui poppent à l’écran (« Tadum », « Bam »). On a littéralement l’impression de jouer dans une BD interactive, ce qui donne une identité forte et marquée au titre.

Cerf-vidé
Si le visuel est cool, il faut absolument souligner l’ambiance sonore réussie, ce qui est rare pour un jeu de cette envergure. Le doublage anglais (bien que peu bavard) est de très bonne facture. Mais c’est surtout au casque que le travail brille : on a droit à un vrai feeling horrifique avec des bruits métalliques, des voix au loin qui hurlent, des sifflements ou des chantonnement qui mettent mal à l’aise. C’est immersif et ça sauve souvent l’atmosphère.

Click-Click Pan-Pan
Malheureusement, tout s’effondre dès qu’il s’agit de passer à l’action. I Hate This Place adopte les mécaniques classiques du Twin Stick Shooter : on dirige avec le joystick gauche, on vise avec le droit. Sur ce genre, on s’attend généralement à de la nervosité. Ici, les affrontements souffrent d’une mollesse absolue. Le game feel est aux abonnés absents et on ne ressent aucun impact.
Le game feel est aux abonnés absents et on ne ressent aucun impact.
Le titre essaie de varier les plaisirs avec des séquences d’enquêtes sur des drames locaux (un homme tué avec un bois de cerf, un autre à la scie circulaire). Mais ces passages sont souvent nébuleux. Le jeu n’indique pas la marche à suivre et, même à la fin, quand Elena propose une résolution, j’ai eu l’impression de le faire « au pif ». Que l’on comprenne ou non la logique, ça fonctionne quand même, ce qui laisse un goût d’inachevé.

Il me faudrait 8 pattes d’araignées
Dans sa construction, le début du jeu était pourtant prometteur. On commence dans un bunker, et je me suis dit qu’il y avait une petite vibe Resident Evil. On jouait la survie, munitions limitées, ambiance oppressante en huis clos. Mais au bout de 30 minutes, une fois sorti, j’ai déchanté. Le jeu s’ouvre sur une map en « Monde Ouvert » et la tension retombe comme un soufflé.
On se retrouve avec beaucoup de quêtes qui se contentent d’être de vulgaires allers-retours d’un point A à un point B.
On se retrouve avec beaucoup de quêtes qui se contentent d’être de vulgaires allers-retours d’un point A à un point B. Honnêtement, ce genre de quête en 2026 me donne juste l’impression de perdre mon temps. De plus, toute la partie gestion du ranch n’est absolument pas exploitée. On peut construire des choses pour avoir plus de ressources, mais le jeu est déjà ultra généreux de base. Résultat : on lâche vite l’affaire du crafting pour se concentrer sur l’exploration. C’est un souci d’équilibrage qui a terni mon expérience du début à la fin, car même avec plus d’ennemis sur la fin, on ne ressent aucune difficulté tellement on croule sous le matériel.

Quinte de toux
Sur la technique, le bilan est mitigé. Sur mon gros PC, pourtant taillé pour faire tout tourner, le jeu n’arrive pas à maintenir un framerate stable. Je passe de 175 fps à des chutes vers 70-80 fps lors des changements de zones, accompagnés de micro-stutters.
L’optimisation n’est pas folle, même sur mon gros PC le jeu accuse des saccades.
Mais la plus grosse déception vient du Steam Deck. C’était pour moi le format parfait pour ce genre de jeu « comic book ». Hélas, même en mettant tout au minimum, on peine à atteindre les 30 images par seconde. Pour un jeu qui n’affiche pas une complexité folle, c’est dommage. On peut certes bidouiller avec des outils comme Lossless Scaling, mais nativement, l’optimisation n’est pas au rendez-vous.

avis I Hate this Place : Fiche d’identité du jeu
| 🏢 Éditeur | Skybound Games | 👥 Public | +16 |
|---|---|---|---|
| 🛠️ Développeur | Wooden Robot | 🤝 Fourni par l’éditeur | Oui |
| 📅 Date de sortie | 29 janvier 2026 | 💻 Testé sur | PC & Steam Deck |
| 🎮 Plateformes | PC, PS5, Xbox | ⏱️ Temps de jeu | 8h (terminé) |
✅ POINTS POSITIFS | ❌ POINTS NÉGATIFS |
|---|---|
| ➕Une DA « Comic Book » réussie et colorée | ➖Combats mous (Twin Stick raté) |
| ➕L’humour d’Elena et le ton décalé | ➖Quêtes Fedex « A vers B » d’un autre âge |
| ➕L’ambiance sonore excellente (au casque) | ➖Crafting inutile car jeu trop généreux |
| ➖Enquêtes cryptiques résolues « au pif » | |
| ➖Optimisation PC et Steam Deck aux fraises |
Note : 10/20
Il m’aura fallu un peu plus de 8h pour venir à bout du jeu, mais honnêtement, ce n’était pas avec grand plaisir. J’ai peiné à arriver au bout, voulant absolument voir la fin, mais l’expérience était devenue redondante. I Hate This Place avait quelques qualités, notamment son ambiance, mais elles sont malheureusement gâchées par des défauts trop protubérants. C’est un jeu moyen, vite joué, vite oublié, qui rate le coche de la survie pour sombrer dans l’ennui.




